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La plus vieille femme du monde

Aujourd'hui j'ai rencontré
La plus vieille femme du monde
Sa béatitude, le temps suspendu
La puissance simplissime, l'horizon
Élémentaire

Tôt, le matin, il faut s'amarrer
Lâcher les barbares à la conquête de l'incongru
Les regarder s'élancer calmement à l'assaut
Là où rien n'est à pourfendre
Où les cris de guerre sont superflus

Il faut emporter
Son esprit de rechange
Nu
On peut oublier, laisser derrière soi
Son moi, ses valises
Ses crampons
On ne sera arrivé qu'une fois oublié

Elle trône, couchée
Face au ciel
Une dernière raison pour lui d'exister
Sous ses yeux, la vie
L'infini spectacle où rien ne se passe
Les yeux de la plus vieille femme du monde n'ont jamais rien vu
Qui n'était pas à eux

Entrer chez elle, la rencontrer, la découvrir
Se soumettre
Entrer sans cogner
Poser le premier pas
Embrasser
De plein pied la rondeur
Grimper
Suivre le chemin qui ne cesse
De s'étendre
Des jambes
S'élancent en invitations et en escarpements
Des genous
Dressés vers le ciel
Foncer béatement

Un chemin invite
À l'aine, au bas ventre
Verte vallée féérique
S'y prélasser, contempler
Près du coeur, à l'abri des bourrasques, du temps
Plus rien
Battements et susurrements

Rencontrer la plus vieille femme du monde
Devenir apatride, excommunié, exclu du temps
Lui appartenir
Pleurer sur la courbe des hanches
Résonner des soupirs et des vagues qui pénètrent de partout
Gronder avec la terre
Fondre
Suspendus

Il faut poursuivre l'ascension
Engourdis, alourdis
Se plaquer contre le nez, les rides du front
La tempête règne au-delà du corps
Les pensées volent et se noient

Il faut gagner
Le sein, vite
Se presser sans raison
S'essouffler dans la montée
Ne céder qu'au dernier moment
Tomber au sommet, affalés
Sentir la sueur qui glace les tempes, qui colle au dos
Abdiquer devant l'absolu
Devant le calme qui règne
Sur elle, se repentir
Du sublime
Baigner dans sa sagesse

Un jeu de courbes, stagnantes
Aux abords de ronds précipices menant aux mers et à l'oubli
Rien de plus
Une exquise banalité

S'effondrer
Se remplir de vent
Se prendre
Pour une vache

Aujourd'hui j'ai rencontré la plus vieille femme du monde
Je retiens de sa rencontre
La preuve de l'éternité
L'horizon qui s'étend et enveloppe
Le calme qui chante
Le soupir, la contemplation
Le repos d'une femme millénaire
Elle est montagne et pâturage
Sur une île de rien

Hugues-O. Blouin, 2006-08 | version actuelle _ 08/09/23

 

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